Le diagramme de
Mollier (enthalpie et pression)
(Diagramme h, log
p)
Les processus thermodynamiques ayant lieu dans les
installations frigorifiques nécessitent pour leur calcul une panoplie de
formules et de tableaux. L'ingénieur allemand Richard Mollier (1863-1935) élabora
un diagramme d'état qui permet de représenter les grandeurs les plus
importantes des fluides frigorigènes et les processus correspondants d'une manière
claire et facile. Les quantités de chaleur, le travail, les différences de
pression apparaissent comme des tracés mesurables ce qui facilite considérablement
le calcul des grandeurs des processus et ainsi le dimensionnement des éléments
entrant dans les installations frigorifiques. Ces avantages ont fait de ces
diagrammes d'enthalpie- pression un outil précieux dans la technique du froid.
Un article ultérieur sera consacré à son application à la machine
frigorifique.
Etats physiques et secteurs
En général le diagramme de Mollier montre les états
physiques d'une substance en fonction de l'apport de chaleur et de la pression,
Enthalpie signifie la chaleur interne et est désignée par h, la pression étant
la plupart du temps exprimée par son logarithme on parle d'un diagramme h, log
P.
Légende figure 1 :
| a ligne de fusion
|
g ligne
de sublimation |
| b ligne de solidification |
i
chaleur de fusion et de solidification |
| c ligne d'ébullition |
r
chaleur de vaporisation et de
condensation |
| d ligne de vapeur saturée |
K point
critique |
| e ligne triple |
|
| f ligne de désublimation |
|
Le diagramme illustre les phases suivantes
| - phase solide |
- un état: solide |
| - phase de fusion |
- deux états: solide
et 1 liquide |
| - phase de sous-refroidissement |
- un état: liquide |
| - phase de vapeur humide
|
- deux états: liquide et gazeux |
| - phase de vapeur surchauffée |
- un état: gazeux |
| - phase de sublimation |
- deux états: solide et gazeux |
Explications complémentaires
La ligne de fusion a et la chaleur de fusion i:
-
La fusion d'un corps solide nécessite une certaine quantité de chaleur
i (enthalpie de fusion). Si la température de fusion est atteinte, on peut
continuer à apporter de la chaleur sans que la température monte jusqu'à ce
que le corps entier soit transformé en liquide. Si malgré un apport de chaleur
ou une perte de chaleur il n'y a pas de variation de température, on parle de
chaleur latente ou interne. La ligne de fusion a représente la liaison entre
les points de fusion. Ils sont déterminés par la pression p et la chaleur
interne h.
La ligne de
solidification b et la chaleur de solidification i:
-
Si par contre de la chaleur est soustraite à un corps, la température
reste aussi longtemps constante jusqu'à ce,
que le corps entier soit devenu solide. La chaleur de soli dification cédée
i correspond à la chaleur de fusion i. Le
tracé entre les points de solidification est la ligne de solidification b.
La
phase du liquide sous-froidi et la ligne d'ébullition c:
-
Jusqu'à son ébullition on appelle une substance chauffée liquide
sous‑refroidi. Le point d'ébullition dépend de la température d'ébullition
et de la pression d'ébullition, Les points d'ébullition sont liés par la
ligne d'ébullition c.
Zone de vapeur humide et chaleur de vaporisation r:
-
Pour transformer un liquide en gaz un apport calorifique est nécessaire.
Lorsque le point d'ébullition est atteint à pression constante, la température
n'augmente plus malgré l'apport de chaleur jusqu'à la vaporisation de la
totalité du liquide. La chaleur apportée provoque la vaporisation du liquide.
Le mélange de liquide en ébullition et de vapeur qui existe pendant la
vaporisation est appelé vapeur humide. La chaleur nécessaire à la production
d'un kilo de vapeur sous une pression déterminée est l'enthalpie spécifique
de vaporisation (chaleur de vaporisation) r.
La ligne de vapeur saturée d et la
vapeur surchauffée:
- Lorsque le liquide est complètement vaporisé, la
vapeur est sèche et saturée. A chaque pression de saturation correspond une
température de saturation déterminée d. Lorsque la vapeur sèche continue d'être
chauffée, sa température augmente rapidement.
On parle alors de vapeur surchauffée ou de gaz chaud.
La
chaleur de condensation:
-
La température de la vapeur surchauffée baisse lorsqu'on lui enlève de
la chaleur par refroidissement. Elle devient d'abord de la vapeur saturée et
devient ensuite liquide sans pour autant changer sa température. Il faut
enlever la même quantité de chaleur lorsque l'on veut le transformer en
liquide (condensation). La chaleur spécifique de condensation et de
vaporisation r est la même à pression identique.
Le point critique :
- La chaleur spécifique
de vaporisation r diminue à pression croissante (et température croissante)
pour disparaitre totalement à un état déterminé. On appelle ce point où il
n'existe plus de différence entre le liquide en ébullition et la vapeur saturée,
le point critique. Il sépare la ligne d'ébullition de la ligne de vapeur saturée.
Au-dessus du point critique il n'y a plus de différence entre liquide et
vapeur. La substance se trouva à l'état critique.
La ligne de sublimation g et la ligne de désublimation 1:
-
Des substances solides peuvent, à des températures en dessous du point
de fusion, passer directement en état de vapeur (sublimation) ou en sens
inverse (désublimation). Un exemple pour la sublimation: en hiver on peut
observer que les couches fines de glace disparaissent à des températures en
dessous de 0°C, sans soleil et dans un air sec. La désublimationn peut être
observée lorsque sans condensation préalable se forme du givre dans un air
humide et à des températures en dessous de O°C. Les cristaux de neige se
forment également par le phénomène de la désublimation.
La zone de diagramme pour les
fluides frigorigènes
Pour la technique du froid on a sélectionné
une zone appropriée du diagramme de Mollier où il n'y a plusque les phases
"liquide" et "gazeux" ainsi que leurs mélanges.
Comme exemple servira le fluide
frigorigène R12 souvent utilisé dans la pratique du froid. Ci-après seront
expliqués en détail les différents états du R12 figurant clans le diagramme.
Établissement successif du
diagramme
1. Dans les tableaux de vapeur
figurent les grandeurs propres au fluide frigorigène en fonction de la température
d'ébullition t ou de la pression d'ébullition p , telles que le
volume spécifique v la densité p, l'enthalpie h et
l'enthalpie s pour le fluide en ébullition et saturé. Exemple: A une
température d'ébullition t de O°C le fluide frigorigène se trouve sous une
pression de 3.08 bars.
C'est la pression d'ébullition
pour la température correspondante t. Son volume en ébullition est de 0,71 dm3
par kg. La densité p, indirectrement
proportionnelle au volume spécifique (p = 1/v) est à ce point
1,39 kg par dm3 L'enthalpie relative h' est admise de 100 kJ/kg ( t = O°C est
le point de référence de ce fluide frigorigène pour le diagramme h, log p cité
ici).
L'enthalpie h"
représente la chaleur interne relative de la vapeur saturée à la même
pression. Pour l'exemple cité, elle est de 252,75 kJ/kg. La différence h"
- h'détermine la chaleur de vaporisation ou de condensation absolue r à une
pression p donnée. En général, les valeurs ayant un trait, par exemple v’,
h' s' etc. se réfèrent à l'état
d'ébullition et les valeurs à deux traits (v",
h" s"
etc.) à l'état gazeux saturé.

2. Sur l'axe horizontal,
l'abscisse, on reporte la chaleur interne (l'enthalpie) avec une échelle linéaire.
Elle exprime la quantité de chaleur (kJ) contenue dans un kilogramme d'une
substance (kJ/kg). Comme la zone du diagramme est choisie en fonction du problème
posé, il ne s' agit pas de l'enthalpie absolue, mais de l'enthalpie relative.
Elle se référe donc toujours à un point déterminé, par exemple au liquide
en ébullition à O°C. Le point de départ du diagramme est d'habitude un
chiffre entier, rond, tel que 0, 100. 200 kJ/kg. La zone chiffrée de l'échelle
varie en fonction du fluide frigorigène. Les lignes verticales sont les
isenthalpes, des lignes qui représentent une même chaleur interne.
Sur l'axe vertical,
l'ordonnée, on reporte la pression p. Pour rendre plus claire la zone la plus
utilisée dans les diagrammes, la pression est exprimée par son logarithme. Le
logarithme signifie que graphiquement les distances sont les mêmes entre les
puissances. Les lignes horizontales sont les isobares, lignes qui représentent
la même pression.
3. Le diagramme h, log p permet
une représentation facile d'une multitude de grandeurs du tableau de vapeur.
Pour chaque pression on reporte du tableau la chaleur interne correspondante du
fluide en ébullition h' et la vapeur saturée h" au diagramme. Exemple : p
= 3,08 bars, enthalpie du liquide en ébullition: h' = 100 kJ/kg, enthalpie de
la vapeur saturée: 252 kJ/kg. La chaleur de vaporisation (h"-h') peut être
mesurée directement comme distance r sur le diagramme h, log p.
Les grandeurs h" et h' représentent
les courbes de limites pour la ligne d'ébullition à gauche et la ligne de
vapeur saturée à droite du point critique. Les courbes de limite séparent
clairement les zones "liquide", "vapeur humide" et "gaz
chaud". On constate en outre que la chaleur de vaporisation r diminue à
pression croissante pour disparaître tout à fait au point critique K.

4. La vapeur humide est
un mélange de liquide en ébullition et vapeur saturée. Les lignes
isotitriques x permettent de déterminer les pourcentages de liquide
respectivement de gaz dans la zone de vapeur humide. x exprime le pourcentage de
gaz et 1-x le pourcentage de liquide; le long de la ligne x = 0,4 on aura donc
un mélange de 40% de gaz et 60% de liquide en ébullition. x ne figure pas dans
les tableaux, car il s'agit de chiffres purement relationnels.

5. Les isothermes sont des
lignes représentant les mêmes températures. Elles changent brusquement leur
inclinaison lors du changement d'état. Dans les diagrammes réels de fluides
frigorigènes les isothermes ne sont pas réalisées dans la zone liquide et de
vapeur humide pour de raisons de clarté. Leur présence est marquée par de
petits angles sur la ligne d'ébullition.
Dans la zone de vapeur humide
les isothermes sont horizontales, en parallèle aux isobares. Un apport de
chaleur est seulement nécessaire pour la vaporisation du fluide (chaleur
latente).
Exemple: A une pression de 3,08
bars le fluide frigorigène en ébullition à O°C est transformé en vapeur
saturée de 0°C par un apport de chaleur de r = 152 kJ/kg.
Dans la zone de gaz chaud, les
isobares retombent avec une forte pente. Un apport de chaleur minimal suffit
alors pour faire monter rapidement la température (chaleur sensible). Dans
cette zone les isothermes sont sensiblement rapprochées. Une hausse de température
provoque l'intersection des isothermes de gauche à droite. Lorsque la vapeur
saturée de O°C est surchauffée par un apport de chaleur de 50 kJ/ kg, la
temperature monte jusqu'à environ 80°C
Dans la zone liquide les
isothermes sont de plus en plus inclinées vers le bas à mesure qu'elles s'éloignent
du point critique. Cela signifie qu'une variation de la chaleur sensible
influence directement la température.
Lorsque l'on enlève 50 kJ/kg de
chaleur au fluide en ébullition à O°C, il va se refroidir jusqu'à –55°C.
La température critique ne coupe
plus la zone de vapeur humide. Elle touche seulement le point critique. Les
isothermes dont la température est en dessus de tcritique, elles se
trouvent exclusivement dans la zone de surchauffe.
6. Une autre grandeur physique
d'importance du diagramme de Mollier est le volume spécifique v. Elle est
exprimée en m3/kg et représente le volume d'un kilogramme massique réel à
une pression p donnée. Dans le tableau figurent deux volumes spécifiques
fondamentalement différents, à savoir celui du liquide en ébullition v' et
celui de la vapeur saturée v". A quel point ces valeurs dépendent de l'état
montre la comparaison au travers des chiffres du tableau pour le R12. A une
pression p de 3,08 bars et une température t de O°C v' est égal à 0,71
dm3/kg (= 0,00071 m3/kg, point A), tandis qu'à la même pression la vapeur
saturée présente un volume de 0,055 m3/kg (point B). Le volume de la vapeur
augmente donc de 77 fois. Comme le volume de gaz par kilo est à certaines
pressions beaucoup plus important que celui du liquide, l'unité de v"
est souvent changé de dm3/kg en m3/kg (1000 dm3/kg
= 1 m3)
Le volume spécifique a une importance particulière dans
la technique du froid. On sélectionne des fluides frigorifiques à faible
volume spécifique pour pouvoir transporter le plus de quantité de fluide
avec le moins de volume. Entre la
quantité de fluide frigorigène
et le volume spécifique existe
le rapport suivant:
En supposant qu'un compresseur avec un débit
constant
transporte à une pression p1 donnée une quantité de fluide frigorigène donnée
, une variation de pression à p2
aurait une influence importante sur le volume spécifique et par conséquent sur
la quantité de fluide débité.
Exemple: v1 = 0,07m3/kg, p1 = 3 bars (point C), v2 =
0,10 m3/kg,p2= 2 bars (point D). La quantité de fluide transporté baisse de
30%.
7. Dans la zone de vapeur humide et dans la zone de
surchauffe on trouve les Isentropes. Ce sont les lignes de même
entropie. L'augmentation d'entropie est une mesure pour les pertes de chaleur
ayant lieu pendant les processus techniques C'est une grandeur calorique comme
l'enthalpie et a une valeur déterminée à chaque état . La grandeur absolue
n'est pas définie. Elle est calculée à partir d'un point arbitraire, le plus
souvent à partir de l'état normal (pour le R12: O°C).
L'unité de l'entropie est kJ/kg K
Les isentropes sont surtout dans la zone de la vapeur
surchauffée d'une grande utilité pour le spécialiste du froid. Suivant ces
lignes de même entropie s'effectue la compression dans un compresseur idéal,
donc sans pertes. Les isentropes permettent alors de déterminer le travail de
compression idéale (théorique) P par kg de fluide frigorigène en comparant
l'enthalpie initiale et finale (après la compression). Cela permet de tirer des
conclusions sur la puissance réellement absorbée par le compresseur.
Exemple: Un compresseur aspire le fluide frigorigène dans
l'état h1/p1 et le comprime à h2/p2. Le travail technique P correspond à la
différence d'enthalpie h2-h1. Une compression réelle serait liée à une
augmentation de l'entropie (perte de chaleur). La courbe de travail serait donc
tracée à droite du point h2/p2 (ligne hachurèe).
Résumé
L'établissement
du diagramme de Mollier est terminé. Il permet de définir les états du fluide
frigorigène dans ses différentes phases. Pour faire ceci, on dispose de six
grandeurs:
|
Désignation
|
Symbole
|
Dimension
|
|
1.
Pression
|
p
|
bar
|
|
2.
Enthalpie
|
h
|
kJ/kg
|
|
3.
Rapport gaz/liquide
|
X
|
-
|
|
4. Température
|
t
|
°C
|
|
5.
Volume spécifique
|
v
|
m3/kg
|
|
6.
Entropie
|
s
|
kJ/kg
K
|
|
|
|
Le
diagramme h, log p permet de présenter d'une manière claire et précise les
processus de réfrigération avec les caractéristiques des machines
frigorifiques et d'illustrer l'effet de régulation sur la machine.
|